topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

03/03/2010

Dieu abandonne-t-il celui qui est tombé ? 4ème partie

Conséquences pour les croyants et l’Église

D’abord, l’enseignement de la « perte possible du salut » pour le véritable croyant, démontre une certaine confusion quant à la Parole de Dieu dans son ensemble, une certaine méconnaissance de Dieu lui-même, de sa grâce, et de ce qu’est en réalité la sanctification. Parce que si la réception du salut est par grâce, mais que la conservation de celui-ci dépend du croyant (ne fut-ce qu’un tout petit peu), nous revenons en fait à la base de tout le système catholique romain, qui enseigne que le salut est autant par nos œuvres que par celle de Jésus-Christ. En fait, ça revient à dire qu’à part le moment de la nouvelle naissance, nous revenons ni plus ni moins à un salut par les œuvres, puisqu’il dépendrait alors plus de notre propre fidélité que de la fidélité de Dieu. Quel fardeau et quelle inquiétude alors pour le croyant faible et sensible, qui retombe dans le même péché si longtemps, malgré qu'il l’haïsse profondément et en est souvent désemparé. De plus, ce n’est pas la peur de perdre le salut qui emmène la sanctification, et donc incite le croyant à haïr et à fuir le péché, mais c’est la révélation et la connaissance de l’amour de Dieu en son Fils par le Saint-Esprit.


Dans une déduction de sagesse et de logique toute humaines, des « bergers » en sont venus à croire que la peur de perdre le salut serait un bon moyen d’éloigner leurs brebis du péché (surtout extérieur), et de les empêcher d’abandonner leur église…Or c’est exactement le contraire qui se produit : cela enlève au croyant sa sécurité, sa paix, sa joie, et même sa résistance au péché. Cette doctrine menaçante lui faisant perdre la vision biblique de Dieu et de sa grâce, elle le jettera dans une crainte permanente de la possibilité de perdre le salut qu’il a reçu, ce qui l’incitera à céder encore plus à la tentation, puisque le diable ne manquera pas de lui rappeler qu’il ne sert à rien de résister « aux plaisirs » du péché et du monde, et à se donner de si durs combats, si, de toute façon, il est pour perdre son salut quand même, étant donné sa grande faiblesse et parfois même sa totale impuissance… On sait que Satan essaie jour et nuit d’accuser les élus dans leur conscience, pour leur faire douter de l’amour éternel de Dieu, de son pardon, de sa fidélité et de sa puissance. Ainsi, si des hommes se mettent à enseigner la même chose que Satan s’évertue à répéter au croyant, aurions-nous alors affaire dans un certain sens à une « doctrine de démon »!?

 

En fait, cette théorie de la perte possible du salut est une arme redoutable dans les mains de Satan, car il sait que cet enseignement va souvent paralyser le croyant, et l’évincer de sa position de force et de confiance en Dieu. Si le croyant n’est plus sûr que Dieu va le garder, peu importe ses faiblesses, ses erreurs et ses chutes nombreuses, il est déchu de la grâce et ne portera pas de fruit pour Dieu. Il retombe ni plus ni moins sous la loi, et on sait que la loi attise le péché (les épîtres aux Romains et aux Galates le démontrent clairement). D’ailleurs l’expression hébraïque « crainte de Dieu » est plutôt mal rendue dans nos Bibles, puisque cette expression signifie un « profond respect » de l’autorité de Dieu et de sa Parole, une « confiance respectueuse » en la souveraineté de Dieu, une « reconnaissance » de sa totale perfection, qui créent chez le croyant la haine du mal et le désir de plaire à Dieu, et l’incitent à l’adoration et à l’obéissance. La Bible dit aussi que « l’amour parfait bannit la crainte ». Aucune crainte négative ou servile ne produit la sanctification; seulement la communion avec Dieu et une connaissance intime et personnelle de son amour et de sa grâce.

 

La doctrine de la « perte du salut » ne peut être enseignée que si nous perdons la pleine révélation de la dimension inconditionnelle, éternelle et « vaste comme l’univers » de la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Pour enseigner une telle doctrine, il nous faut devenir quelque peu formaliste, enclins que nous sommes à attacher plus d’importance à la condition extérieure des personnes qu’à leur condition intérieure. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait C.S Lewis dans son livre « Les fondements du christianisme » (Éditions L.L.B.), en rapport avec cette attitude pharisienne que nous adoptons souvent, et qui nous fait haïr et pointer du doigt les péchés extérieurs des gens, sans nous préoccuper vraiment de leurs péchés intérieurs (qui ne paraissent pas) : « Quiconque estime que les chrétiens considèrent l’impudicité comme le vice suprême a complètement tort. Les péchés de la chair sont mauvais mais ils sont les moindres de tous. Les pires jouissances sont toutes purement spirituelles et se caractérisent par le plaisir de mettre autrui dans son tort, de régenter, de patronner, de jouer les trouble-fête, de médire, de se complaire dans les plaisirs du pouvoir et de la haine. Car il y a deux pulsions en moi, le moi animal et le moi démoniaque qui rivalisent avec le moi humain que je m’efforce de devenir. Le moi démoniaque est le pire des deux. C’est pourquoi un prétendu vertueux, froid et imbu de lui-même, assidu aux cultes peut être bien plus prêt de l’enfer qu’une prostituée. Mais il vaut mieux n’être ni l’un ni l’autre. »

 

D’ailleurs, qu’est-ce qui a poussé Marie-Madelaine et tous les pécheurs de l’Évangile à se repentir et à se donner à Jésus? Des paroles menaçantes de ce dernier, la crainte de l’enfer, ou plutôt l’offre et la démonstration de son amour? Jésus n’a fait de menaces qu’aux Pharisiens et à ceux dont il savait d’avance qu’ils refuseraient sa Parole et ses miracles; et aucun de ceux-là ne s’est repenti. Jamais nous ne produirons la sanctification avec la menace de l’enfer. Et la doctrine de la perte du salut pour les croyants est ni plus ni moins le rétablissement de la crainte de l’enfer, comme l’a véhiculé pendant plus de 1000 ans l’Église romaine. Quelle folie! Luc 16 : 30-31 : « Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader même si quelqu’un des morts ressuscitait. »

 

Si ce n’est pas l’Esprit qui dirige nos pensées et nos cœurs, il ne nous restera que les ossements desséchés du christianisme : la doctrine du groupe (qui évidemment est la seule vraie!), la sagesse humaine (ou sagesse du monde), les efforts de l’homme, sa logique, sa religion, une attitude sectaire, le légalisme, le formalisme, la tradition, le repli sur soi, l’orgueil de soi, etc. En fait, aussitôt que nous sommes portés à penser (même sans nous en rendre compte) que nous y sommes pour quelque chose dans le fait de conserver notre salut reçu de Dieu, nous nous éloignons de la grâce. Nous afficherons souvent même une attitude et un langage qui laissent entendre que finalement, nous sommes nés de nouveau parce nous avons compris, nous! (nous avons comme perdu de vue qu’il s’agit d’un véritable miracle). Il en ressort toujours une attitude de jugement envers les pécheurs (sauvés ou pas). Alors, si une personne pense au fond d’elle-même pouvoir garder « son » salut en partie pas ses efforts et son « intelligence spirituelle personnelle », elle a sujet de se glorifier… Et si une personne a sujet de se glorifier, la gloire et le mérite ne reviennent donc plus complètement à Dieu. Nous voyons donc que le légalisme et le pharisaïsme nous emmènent toujours dans l’erreur et le péché.

 

Mais voici, sur une base plus personnelle, mon propre témoignage, mon propre vécu face à cet enseignement, auquel je me suis trouvé confronté quelques années après ma conversion. Durant les 4 ou 5 premières années de ma vie chrétienne, j’avais toujours conservé une joie relative et l’assurance du salut reçu de Dieu, et cela m’encourageait certainement à haïr le péché, à rechercher Dieu et la sanctification… Cela me donnait aussi un élan pour évangéliser les non-croyants, désirant qu’ils puissent aussi connaître l’amour de Christ personnellement. Durant les 5 premières années de ma vie chrétienne, j’avais d’ailleurs eu le bonheur d’emmener sept personnes au Seigneur (5 directement et 2 par les conjoints), et en 1991, dans la cellule de prière qui avait lieu chez moi dans mon sous-sol (sous l’autorité de l’église que je fréquentais), il y avait encore trois personnes non converties qui venaient régulièrement aux réunions, qui semblaient aimer la Parole de Dieu, et se diriger aussi vers une conversion authentique. La cellule de prière fonctionnait assez bien et l’avenir s’annonçait très prometteur pour la moisson du Seigneur.

 

Or, entre-temps, l’église que je fréquentais commença à croire et à enseigner la doctrine de la perte possible du salut pour le croyant, suite à l’influence causée par certains prédicateurs américains, se faisant champions d’être des prophètes de malheur, et annonçant des jugements terribles sur tout le monde, incluant l’Église, les ouvriers, etc. Ce qui fait qu’un bon soir, à une réunion de notre cellule de prière, le « leader » qui avait été appointé pour notre groupe, enseigna avec beaucoup de sérieux, force et insistance cette doctrine de la « perte possible du salut ». Cela a eu l’effet d’une bombe! Immédiatement après la réunion, en proie à un grand désarroi, je fis part à ce leader de mon profond désaccord face à cet enseignement que je trouvais mal à propos (surtout pour une cellule de prière avec des nouveaux), de mauvais goût et non biblique. Sa réaction fut assez violente : je fus taxé ni plus ni moins de rebelle. Pourtant, je méditais ma Bible avec avidité et enthousiasme depuis cinq ans à tous les jours, et souvent plus d’une heure ou deux par jour, tellement j’avais de temps libre, et à cause de ma soif de connaître Dieu et sa Parole (je sais bien que c’était une grâce de Dieu).

 

Évidemment, vous pouvez deviner l’impact que cela a eu sur les trois visiteurs assidus que nous avions à notre cellule. Nous ne les revîmes pratiquement plus, avant qu’ils disparaissent totalement du décor. Cela est normal : qui pourrait vraiment être intéressé par un salut qui, de toute façon, peut être perdu par la suite? Qui peut garantir d’avance qu’il pourra « tenir bon », et avoir la force de garder ce « si grand salut », si cela ne dépend pas uniquement de Dieu? Le pécheur, tout comme le chrétien, savent bien dans le fond, qu’ils n’ont pas en eux-mêmes ce qu’il faut pour « conserver par leur propre vouloir et leur propre capacité», ne fut-ce qu’en partie, « un salut de si grand prix »… Par la suite, la semaine suivante je crois, recevant encore les remontrances du « leader » par rapport à  mon « opposition à l’autorité !», je me suis mis à pleurer, en proie à une grande souffrance et à une grande tristesse. Peu de temps après, devant ma propre déconfiture et celle de notre groupement, je décidai de fermer tout simplement la cellule. Mais le mal était fait. Je perdis alors beaucoup de ma joie et de ma confiance en Dieu… Je perdis aussi une grande partie de mon feu d’évangélisation (pourquoi je m’évertuerais à emmener des gens au salut, s’ils couraient la chance de le perdre par la suite?). Je commençai à douter régulièrement de mon salut, et cela me paralysait énormément dans ma sanctification. Étant un être très fragile, très sensible, et très « insécure » par nature, je commençai à penser souvent qu’il ne servait à rien de résister à tant de tentations et de me priver de tant de «  choses attirantes du monde », si j’étais pour être privé en plus des plaisirs de l’autre vie…Satan pouvait alors se jouer de moi à volonté. Cette doctrine emmena chez moi un recul sur beaucoup de points, et ébranla une partie de ma fondation en Christ. C’est pas possible comment une doctrine « extrémiste », dont la Bible ne donne aucune base claire et irréfutable, peut être destructrice pour les croyants et l’Église. Me sachant extrêmement faible dans ma nature pécheresse, cet enseignement fit un trou dans mon « casque du salut » et me relégua, dans une certaine mesure, et à certaines périodes, à la condition de vagabond spirituel.

 

Comment et pourquoi les chrétiens en viennent-ils à enseigner des choses si peu édifiantes, nuisibles, et même suicidaires? Pourquoi s’éloigner de la Parole et enseigner quelque chose qu’elle n’enseigne même pas clairement? Les conséquences pour les croyants et l’Église sont incalculables. De plus, cette doctrine a emmené un débat futile, ravageur et insensé au sein de l’Église en général, provoquant division, perte de temps, d’énergie, et probablement d’âmes nombreuses (repoussant ainsi le retour de Christ). Il n’y a que Satan qui y a trouvé son compte!

Michel C.

Les commentaires sont fermés.